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avr. 23

ENA ?

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par

Jean-René Brunetière

Ingénieur général des Ponts, des eaux et des forêts

 

 

 

Je ne suis pas « énarque », mais je ne vaux pas mieux…

 

 

Juste ma coloration « technique » me distingue de mes frères en Administration, et dès ma 5ème année d’exercice, j’ai occupé des postes identiques à ceux qui étaient offerts aux « énarques ».

 

J’ai suivi le même parcours : « prépa » harassante, concours, études (et même pension complète) offertes par la République (en contrepartie d’un engagement de servir).

 

Mes études, fort intéressantes en soi (pour qui entre en mathématique comme en poésie et en physique comme en exploration) ont comporté environ 10 % d’enseignements directement utiles à mes futures fonctions, de sorte que j’ai le souvenir de beaucoup de maladresses dans mes premières années (et peut-être au-delà ? j’en suis mauvais juge).

Du coup, j’ai saisi toutes les occasions de reprendre des formations au cours de ma carrière (en total cumulé, de l’ordre d’un an), car j’avais le sentiment que les études et l’expérience doivent s’envisager dans une relation dialectique : difficile d’enseigner les relations humaines (l’essentiel de nos jobs dans l’administration) à des jeunes sans expérience professionnelle. J’ai été convié à le faire à l’ENA pendant quelques années[1] et je me souviens du contraste entre les élèves issus du concours externe, largement à côté de la plaque et fonctionnant sur des slogans « main stream » et les « concours interne », beaucoup plus congruents et déjà un peu lavés de quelques préjugés par la confrontation à la vie réelle de l’encadrement.

 

Dans les courses de fond, si la carrière administrative s’apparente à une course de fond, on prévoit des ravitaillements en route. Dans notre cas, on bourre avec « un peu de tout » un immense sac à dos pendant 5 à 7 ans après le bac, puis on vous lance dans la « Transadministration » où vous n’aurez plus aucun ravitaillement jusqu’à la retraite. En plus, si certains riverains (vos subordonnés, par exemple) seraient prêts à vous tendre une banane ou un verre d’eau, vous ne le prenez pas, parce que vous êtes le chef.

De fait, j’ai vu beaucoup de souffrance dans les rangs administratifs, d’absence d’écoute (en contraste avec un vocabulaire toujours très humaniste), de pertes d’efficacité et, pire, de perte de sens, faute de compétences en management des collectivités.

 

A la DDE de Perpignan, j’ai vu arriver un jour un nouveau directeur. Sur le premier chantier qu’il a visité, il a remarqué une microfissuration des abouts de poutres précontraintes, et a fait une petite conférence improvisée sur la microfissuration des abouts de poutre. Il y a gagné un grand prestige dans tout le personnel. Tout le monde était fier d’avoir un tel ingénieur pour chef. Il a été en définitive un bon directeur, mais sûrement pas grâce à sa connaissance du béton précontraint !

 

 

 

 

bluffer ses collaborateurs en maîtrisant le béton précontraint...

 

 

 

 

 

 

On n’apprend pas le béton précontraint à l’ENA, ce sont d’autres techniques, mais le phénomène est similaire : on juge la personne sur ses connaissances juridiques, géopolitiques, historiques, économiques et financières… qui lui permettront de répondre directement et du tac au tac au ministre qui putativement lui poserait une question. Dès lors, il va être inapte à la subsidiarité. Rappelons que dans la doctrine thomiste (à laquelle vous n’êtes pas obligés d’adhérer, mais qui sur ce point précis a prouvé quelque efficacité) faire faire une tâche par un échelon supérieur à celui auquel elle pourrait être attribuée est une faute morale apparentée au vol. les administrations ont des traditions différentes sur ce plan, mais globalement, on constate un cruel déficit de délégation réelle. C’est normal, si le chef sait tout !

 

Je ne nie pas que la question présente quelque paradoxe, puisque la seule légitimité dans l’Etat vient de tout en haut et qu’une organisation ne devient efficace que si elle libère l’initiative de tous ses échelons, mais cette question essentielle (et largement soluble dans la pratique) n’est de fait que très rarement posée dans ces termes.

Incontestablement, on connait un déclin de l’ENA, dû à une conjonction de facteurs[2] :

- Le déclin du rôle et de l’image de l’Etat

- La domination de plus en plus forte des critères d’argent sur les critères d’honneur

- L’évolution du corps enseignant, de la Résistance (dont les premiers enseignants étaient issus, souvent hommes et femmes de caractère) au conformisme des hauts fonctionnaires actuels

- Les conséquences du déplacement à Strasbourg, réduisant l’appétence des hautes personnalités à y opérer, et barrant paradoxalement la route de l’enseignement à la plus grande partie de la province (essayez d’aller de Limoges à Strasbourg…)

- L’insuffisante évolution des méthodes, encore largement fondées sur la restitution choses apprises

- L’absence persistante de branchement sur la recherche et le lien homéopathique avec l’Université.

- Etc.

Mais supprimer l’ENA s’apparente à supprimer le wagon de queue dans le métro…

De fait, comme il y aura pour longtemps une administration hiérarchisée, il y aura nécessairement une sélection.

Le meilleur de l’ENA, à mon avis, c’est son concours d’entrée. Il affirme le principe du mérite proclamé dans la déclaration des droits de l’homme, tout en s’apparentant heureusement au tirage au sort (puisque les critères du concours sont relativement éloignés des critères d’efficacité professionnelle, ce qui laisse des gens de haute qualité professionnelle disponibles pour les autres filières utiles au pays).

Il faut (la voie est timidement ouverte) y ajouter une part de recrutement sur dossier, pour assurer un minimum de diversité et une part de « discrimination positive ». A doser…

Qu‘une première année soit alors consacrée à la connaissance de l’administration et à l’immersion dans la « culture du service public », c’est une bonne chose. Mais immédiatement après, il faut envoyer les élèves tout nus dans la forêt vierge avec un arc et des flèches pour qu’il devienne des hommes ou des femmes. Les mettre un minimum en insécurité pendant quelques années. Voir s’ils font leurs preuves. Puis les faire revenir, peut-être en alternance, débriefer, échanger, apporter ce qu’il faut de conceptualisation, de connaissances, de théorie, en lien avec la recherche. Durant ce processus, chacun déterminera sa voie, son corps. S’il faut un ordre de choix, on se référera au classement d’entrée : il n’est ni plus ni moins juste qu’un autre. Le « classement de sortie » m’est apparu durant mes années d’intervention à l’ENA le père de toutes les perversions : bachotage, conformisme, renoncement à son originalité personnelle, langue de bois, brrrr…

Il nous restera quelques trimestres d’enseignement disponibles pour des recyclages en cours de carrière, à rendre obligatoires par exemple lors de changements de grade ou de niveau. Les hauts fonctionnaires auront l’humilité de s’asseoir de nouveau sur des bancs de classe pour mettre à jour et compléter leurs connaissances. Mais la participation à des travaux de recherche serait fortement recommandée, tant la vie du haut fonctionnaire en situation hiérarchique est un agression permanente contre la pensée autonome et la prise de recul par rapport à la doxa et aux « éléments de langage (souvenez-vous comment tous les hauts fonctionnaires – gens pourtant cortiqués - ont répété en chœur lors de la mise en œuvre de la LOLF le mantra « on va passer d’une culture des moyens à une culture de résultat »).

L’obstacle principal est, il me semble, que les écoles de fonctionnaires sont gouvernées de fait par leurs anciens élèves[3]. L’ENA n’y échappe pas, avec tout le conservatisme qui en découle. Ces lobbies pratiquent une défense élastique qui change en quelques mois une volonté de transformation profonde en quelques mesurettes hors de l’échelle du problème posé. Du coup, le politique qui veut changer quelque chose n’a d’autre choix que de « casser » : envoyer l’école à Strasbourg, voir « supprimer l’ENA ».

In fine, la question du jour la plus importante me semble être : comment composer l’instance qui va repenser le recrutement, la formation et l’entrée dans la carrière des hauts fonctionnaires ?

 

[1] J’ai peut-être même eu dans ma classe un dénommé Emmanuel Macron, mais il faudrait que je retrouve mes archives pour le confirmer…

 

[2] Mon expérience date un peu : j’y ai cessé mon enseignement il y a 6 ans, mais je n’ai pas entendu dire que les choses se soient miraculeusement transformées.

 

[3] J’ai participé il y a dix ans à un groupe de travail sur la réforma des études à l’école des Ponts : sur les 40 membres du groupe, 34 étaient ingénieurs de ponts et les autres « ne valaient pas mieux »…

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  • Services Publics
    avr. 24

    par Gildas le Coz L’annonce de la suppression de l’ENA a valu à l’association de recevoir des messages émanant d’une bonne douzaine de personnes. Celles -ci ont eu des parcours professionnels dans des corps et des emplois différents, à Paris et en province , après des formations diverses ( pas tous à l’ENA et pas tous issus du premier concours), certaines sont en activité, d’autres pas, mais toutes encore « actifs », et toutes sont des professionnels du service public confirmés. Toutes sont membres de l’association depuis longtemps. Nous avons décidé de rendre compte de leurs propos comme de contributions aux activités de Services publics. On verra chemin faisant que le programme 2019 permet d’aborder plusieurs sujets évoqués dans ces courriers consacrés à l’avenir de l’ENA. Le texte qui suit a été organisé comme une synthèse des informations de nos « correspondants » que seraient la douzaine de membres de l’association qui nous ont écrit. Nous avons choisi de préserver l’anonymat des correspondants. Il a d’abord fallu faire en sorte que l’annonce non confirmée de la suppression de l’ ENA n’écrase pas la réflexion sur l’avenir de cette institution. Comme d’autres Yves Pierre L nous a signalé le Billet politique de Philippe Robert sur France Culture le 18 avril qui évoquait une possible suppression de l’ENA dans le cadre de changements de la formation, de la sélection et des carrières des cadres supérieurs de la fonction publique. Il dit exactement ceci: « Parmi les propositions qu'il s'apprêtait à dévoiler, juste avant que son allocution télévisée soit annulée à cause de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, il y avait ceci : "Je crois dans l'excellence républicaine, avait-il écrit, et nous avons besoin d'une élite. Simplement cette élite doit être à l'image de la société et être sélectionnée sur des bases méritocratiques. C'est pourquoi nous en changerons la formation, la sélection, les carrières, en supprimant l'ENA et plusieurs autres structures pour en rebâtir l'organisation profonde". Depuis cette date la possibilité d’une suppression n’a pas été démentie. Bien au contraire. Nos correspondants proposent donc de parler de l’avenir de l’ENA quelle que soit la forme que prendrait la formation et le recrutement des « des officiers généraux de l’administration française » selon les termes de Simon T. , à condition toutefois de le faire dans des termes qui permettent un débat serein. Donc en débattre, mais comment ? -Prendre en compte le paysage politique dans lequel le débat sur l’ ENA intervient ( opinion, crise de l’Etat et politique de réforme de la fonction publique) -Oser afficher sa conception de l’ ENA même si elle semble ringarde. -Parler concrètement de chacune des composantes essentielles de la formation et du recrutement Brigitte W recommande d’assumer sereinement les critiques qui se portent sur l’ENA en particulier dans le cadre de la critique des « élites ». On peut être tenté de les ignorer en arguant que plus de 60% de l’ opinion est oppose à une suppression de l’ ENA et alors que les enquêtes réguliers du CEVIPOf indiquent que la majorité des Français fait confiance à ses services publics. On peut soupçonner le chef de l’Etat d’utiliser l’ENA comme une « victime sacrificielle expiatoire » pour calmer les gilets jaunes. Bernard .B. préconise la « compréhension, plutôt qu'une critique immédiate ou un rejet, à l'égard de ceux qui se réjouiraient de la suppression de l'ENA. D'une part parce que chaque citoyen n'est pas censé avoir analysé le fonctionnement des institutions, mais que nombreux sont ceux qui peuvent / doivent constater au quotidien que les décisions prises semblent faire bien peu de cas des services déconcentrés de la Creuse, des services d'urgence dans les hôpitaux, comme d'autres services publics. D'autre part parce que la critique à l'encontre de l'ENA concentre à l'évidence celles qui s'adressent au fonctionnement d'une oligarchie, et qui sont loin d'être toutes infondées. Nous gagnerions je pense à nous adresser implicitement au citoyen, plutôt qu'au commentateur ou au défenseur d'une posture politique. » Jean René B propose de replacer la situation l’ENA dans le contexte de l’évolution de l’Etat et des services publics. Son « déclin » est dû, dit-il « à une « conjonction de facteurs extérieurs à cette institution » parmi lesquels : - La domination de plus en plus forte des critères d’argent sur les critères d’honneur - Le déclin du rôle et de l’image de l’Etat - L’évolution du corps enseignant, de la Résistance (dont les premiers enseignants étaient issus, souvent hommes et femmes de caractère) au conformisme des hauts fonctionnaires actuels - Les conséquences du déplacement à Strasbourg, réduisant l’appétence des hautes personnalités à y opérer, et barrant paradoxalement la route de l’enseignement à la plus grande partie de la province (essayez d’aller de Limoges à Strasbourg…) - L’insuffisante évolution des méthodes, encore largement fondées sur la restitution choses apprises - L’absence persistante de branchement sur la recherche et le lien homéopathique avec l’Université. » De sorte, conclue t-il, q ue « supprimer l’ENA s’apparente à supprimer le wagon de queue dans le métro… » Enfin nous risquerions de ne pas comprendre grand chose si nous faisons abstraction des objectifs de la politique de réforme de la fonction publique du gouvernement. Charles Le M recommande de suivre avec attention la prochaine réforme de la fonction publique plutôt que de répondre à des provocations comme celle de Nathalie Loiseau qui se déclare “contente” que soit donné un “coup de pied dans la fourmilière” ( Radio classique 17 avril). Il ajoute : « Je ne dis pas que de tels propos sont négligeables : Mme Loiseau a été directrice de l’ Ecole . Cette ancienne ambassadrice a été ministre chargée des affaires européennes d’Edouard Philippe. Elle conduit la liste La République en marche aux élections européennes de 2019." Mais « poursuit-il » je préfère suivre les propose de Luc Rouban directeur de recherches au CNRS et chercheur au Cevipof quand il déclare que la suppression de l’ENA « … serait très cohérente avec le projet de loi de réforme de la fonction publique, qui s’apprête à être examiné par l’Assemblée nationale. » Il précise : « Quand vous lisez attentivement les dispositions de ce texte, la remise en cause de l’ENA est déjà programmée, notamment au travers de l’ouverture des emplois de direction aux contractuels, ce qui aboutira à un système d’une fonction publique de l’emploi. Pour les administrateurs civils, par exemple, les carrières ne sont plus aussi mécaniques qu’autrefois. Il y a donc globalement une forte cohérence institutionnelle entre cette idée de la suppression de l’ENA et le projet de loi. » (in acteurs publics 20 avril 2019 ) 1 2. Oser afficher sa conception de l’ENA Yves Pierre L . estime que « trop de fonctionnaires n’osent pas aborder les sujets à tenir politique, quant à la référence aux textes fondateurs de la fonction publique elle apparait ringarde. » Il note que pourtant « l’intitulé de l’ENA constitue une sorte de cahiers des charges de ce que la population est en droit d’attendre de l’ institution. « 1 Services publics (Gildas Le Coz et Gabriel Mignot ) prépare une réunion débat sur la réforme du statut de la fonction publique. Réunion préparatoire prévue fin juin 2019. E : pour école, formation et plus précisément « formation dés l’entrée dans la carrière". Cécile U. exprime un point de vue trés net: « … d an s l'intérêt public, je recommande le maintien d'un vivier de juniors...avant l'école de guerre, trop citée en ce moment, il y a St Cyr ou l'école navale. Ce n'est pas l'Ecole de guerre qui a donne le colonel Picquart. Ce sont la bourse d'orphelin pour Saint Cyr et le concours ! » N : pour national (« au sens des premiers pas de la République ») . Chacun pense à l’égalité d’accès aux emplois ouverts par l’ENA. Didier .L é crit : « Quand je lis Alain Minc (le Parisien 19 avril) qui déplore la baisse du nombre d'élèves de l'ENA issus de milieu modeste et qui déplore au paragraphe suivant :"un jeune qui, au lieu de préparer l’ENA, serait allé dans ce temple de la formation administrative qu’est la Kennedy School à Harvard : s’il revient en France, il ne peut pas devenir haut fonctionnaire, à cause du monopole de l’ENA"., je me demande s'il croit vraiment que la proportion de "hauts fonctionnaires" issus des classes populaires va augmenter grâce à la suppression de l’ENA. » Selon Cécile U : « il serait étonnant qu’au nom de l’égalité, on supprime une école qui paye ses élèves, et parfois pour devenir ses élèves (cycle préparatoire, ) alors qu'on préserve jalousement les écoles qui font payer leurs élèves (HEC etc). » A : comme administration de l’Etat , de la chose publique. Guy R. s’ excuse presque de rappeler que si les services de l’Etat ont en commun avec le privé de viser la qualité, l’efficacité et l’efficience , ils n’ont pas le même commandement ( le gouvernement n’est pas un syndic d’actionnaires) ni les mêmes objectifs ( l’égalité d’accès aux services publics et la neutralité ne se conçoivent ni se mesurent de la même façon que la profitabilité d’une entreprise). Ce qui ne veut pas dire hostilité, ignorance, refus de travailler ensemble. Chantal J résume bien ces courriers : « R éfléchir et agir à une amélioration de la formation et du recrutement suppose de « penser » , d’ « assumer » , d’exprimer et d’enseigner cette conception. Si le gouvernement ou un parti est partisan d’une autre conception il lui revient de l’afficher plutôt qu’accoutumer les Français, les élus et les fonctionnaires par glissements successifs en dehors de ce chemin, toujours insuffisants aux regard des conceptions de l’IFRAP, association d’utilité publique. » 3. Parler concret Didier L alerte sur la nécessité de préciser « si on parle du recrutement de l'Ena ou de la formation qu'elle donne. Parle t-on de ce qui se passe pendant, avant ou après le passage à l’ENA? « Les courriers abordent plusieurs sujets concrets distincts. L’entrée . Selon JRB, « Le meilleur de l’ENA c’est son concours d’entrée. Il affirme le principe du mérite proclamé dans la déclaration des droits de l’homme, tout en s’apparentant heureusement au tirage au sort (puisque les critères du concours sont relativement éloignés des critères d’efficacité professionnelle, ce qui laisse des gens de haute qualité professionnelle disponibles pour les autres filières utiles au pays). » Mais ajoute t-il il faut (la voie est timidement ouverte) y ajouter « une part de recrutement sur dossier, pour assurer un minimum de diversité et une part de « discrimination positive ». A doser… ». Le dosage est un beau sujet à travailler par nous. La formation. JRB consacre un long passage de sa contribution. Il faut la concevoir dans la durée » : « Dans les courses de fond, si la carrière administrative s’apparente à une course de fond, on prévoit des ravitaillements en route. Dans notre cas, on bourre avec « un peu de tout » un immense sac à dos pendant 5 à 7 ans après le bac, puis on vous lance dans la « Transadministration » où vous n’aurez plus aucun ravitaillement jusqu’à la retraite. Qu‘une première année soit alors consacrée à la connaissance de l’administration et à l’immersion dans la « culture du service public », c’est une bonne chose. Mais immédiatement après, il faut envoyer les élèves tout nus dans la forêt vierge avec un arc et des flèches pour qu’il devienne des hommes ou des femmes. Les mettre un minimum en insécurité pendant quelques années. Voir s’ils font leurs preuves. Puis les faire revenir, peut-être en alternance, débriefer, échanger, apporter ce qu’il faut de conceptualisation, de connaissances, de théorie, en lien avec la recherche . » « Il nous restera quelques trimestres d’enseignement disponibles pour des recyclages en cours de carrière, à rendre obligatoires par exemple lors de changements de grade ou de niveau. Les hauts fonctionnaires auront l’humilité de s’asseoir de nouveau sur des bancs de classe pour mettre à jour et compléter leurs connaissances. » « Mais la participation à des travaux de recherche serait fortement recommandée, tant la vie du haut fonctionnaire en situation hiérarchique est un agression permanente contre la pensée autonome et la prise de recul par rapport à la doxa et aux « éléments de langage (souvenez-vous comment tous les hauts fonctionnaires – gens pourtant cortiqués - ont répété en choeur lors de la mise en oeuvre de la LOLF le mantra « on va passer d’une culture des moyens à une culture de résultat »). Sur les thèmes de la formation JRB insiste sur l’importance de ce qui relève des « relations humaines ». Il aborde ce sujet sous plusieurs angles . La souffrance (« D e fait » précise t-il » j’ai vu beaucoup de souffrance d ans les rangs administratifs, d’absence d’écoute (en contraste avec un vocabulaire toujours très humaniste), de pertes d’efficacité et, pire, de perte de sens, faute de compétences en management des collectivités. » ) Autre angle , celui de la prise de risque, de l’innovation, de l’initiative ( « Je ne nie pas que la question présente quelque paradoxe, puisque la seule légitimité dans l’Etat vient de tout en haut et qu’une organisation ne devient efficace que si elle libère l’initiative de tous ses échelons, mais cette question essentielle (et largement soluble dans la pratique) n’est de fait que très rarement posée dans ces termes. « ) 2 De leurs côtés Dominique .L. et G.L.C disent l’importance des fondamentaux de la politique publique : « Pour qu’ils fonctionnent efficacement , ceux qui seront le plus conduits à représenter l'Etat ont besoin d’être formés à ce qu'est réellement l'Etat : a) pourquoi il le fait ? Ici nécessité d’une culture historique relativité des choix politiques qui gouvernent un choix de politiques publique: il n’y a pas d’évidence rationnelle pure ( NBP au programme immigration et contributions et dépenses publiques qui a fait objet alter éco et Le Monde ) b) comment il fonctionne, y compris dans les services déconcentrés de la Creuse c) le rôle et la place de l'Etat parmi tous les organismes qui produisent du service public ( région ,départements, communes; organismes sociaux qui font…. Et leurs divers « opérateurs » ) ».3 Affectation dans les corps. Deux points de vue valent d’être repris: Pour JRB « Le « classement de sortie » m’est apparu durant mes années d’intervention à l’ENA le père de toutes les perversions : bachotage, conformisme, renoncement à son originalité personnelle, langue de bois. » 2 Services publics s’intéresse à la question des relations humaines dans le services publics. Dans un passé récent une conférence-débat sur l’ouvrage de J.R. Brunetiere , V. Chanut et S. Vallemont sur « l’ imagination managériale des cadres publics » CNDP 2013. Au programme 2019 un groupe de travail en cours de constitution . 2 : Services publics pousse à aborder la question des conditions concrètes de vie d’un service public devant respecter ses obligations . En 2016 par exemple une conférence débat avait traité du CHU comme service public avec Ph Vigouroux, directeur du CHU de Bordeaux et le professeur jean Saric. Le programme 2019 prévoit « La prison comme service public avec JM Delarue ( date à fixer) . Il préconise que l’école organise un « processus de formations en alternance « permettant à chacun déterminera sa voie, son corps. S’il faut un ordre de choix, on se référera au classement d’entrée : il n’est ni plus ni moins juste qu’un autre. » Faisant référence à des projets de réforme contenus dans les textes en instance de discussion au Parlement, François D rappelle que « l’important est de ne pas revenir au rêve de tous les corps et toutes les administrations: choisir eux mêmes leurs nouveaux fonctionnaires. Et donc les choisir à leur image. l'ENA par le système du choix en vertu du classement impose aux corps de prendre des candidats qu'ils n'auraient jamais retenus. Il est nécessaire de garder cette originalité qui diffère des processus de recrutement du secteur privé. L'indépendance intellectuelle et la diversité dans la collégialité sont nécessaires à l’administration. » Il ajoute : « Quant aux corps viviers, (je préfère cette expression à "grands corps" car on n'est jamais obligé d'ânonner les mots que l'on nous impose) il faut réfléchir sans complexe à les réformer si c'est nécessaire et l'actuel départ en administration de terrain deux ans après l'arrivée dans le corps me paraît intéressante. « En conclusion de cette sélection des courriels reçus par l’association on peut citer deux préconisations. La première s’adresse au gouvernement. Selon J.R.B. « la question du jour la plus importante me semble être : comment composer l’instance qui va repenser le recrutement, la formation et l’entrée dans la carrière des hauts fonctionnaires ? L’obstacle principal est, « ajoute t-il » que les écoles de fonctionnaires sont gouvernées de fait par leurs anciens élèves. L’ENA n’y échappe pas, avec tout le conservatisme qui en découle. Ces lobbies pratiquent une défense élastique qui change en quelques mois une volonté de transformation profonde en quelques mesurettes hors de l’échelle du problème posé. Du coup, le politique qui veut changer quelque chose n’a d’autre choix que de « casser » : envoyer l’école à Strasbourg, voir « supprimer l’ENA ». » L’autre préconisation s’adresse à l’association , donc à nous tous, ses membres: Daniel .L. invite à s'exprimer sur une question lancinante : comment on concilie une réelle égalité d'accès aux emplois publics y compris les plus lourds de responsabilité, et la capacité de recruter des compétences rares et diversifiées qui peuvent être utile dans certains contextes ? On remarquera donc qu’un peu de souci de l’ENA éloigne du service public, beaucoup y ramène. Cela encourage Services publics à poursuivre le débat interne sur l’ENA. A vos plumes …
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    avr. 23

    par Gérard Moreau La blague du jour (mais si elle était vraie ?) : créer l’ISF (Institut supérieur des fonctionnaires) en remplacement de l’ENA supprimée… C’est vrai que l’ENA et la critique qui en est faite depuis 1945 appellent les jeux de mots : « l’Enarchie » de Jacques Mandrin, qui cachait mal JP Chevènement, ou « la ferme des énarques », livre récent moins connu d’une conseillère de la Cour des comptes, écrivaine aussi, Adeline Baldacchino, en mémoire de Georges Orwell. L’ENA est une méthode et un symbole. Les deux sont bien évidemment problématiques et inscrits dans la dynamique politique de la société française, depuis bien avant la création même de l’école en 1945. Méthode ? Il s’agit de savoir comment recruter et former les « hauts fonctionnaires » [1] de l’Etat pour des missions d’administration générale, économique et sociale. Sans monopole de la « haute » fonction publique puisqu’il existe plusieurs autres filières de même niveau pour l’industrie ou les « ponts », la justice ou l’université, etc… Mais la qualité de la filière provoque une première interrogation. Symbole ? La proximité des « énarques » et des hommes politiques qui les intégraient dans leurs équipes et, du coup, qui sont souvent issus de l’ENA, a construit l’image d’un monde politique coupé du réel, c’est-à-dire du « peuple », autoritaire et centralisateur. Image fidèle ou non, elle provoque à coup sûr une seconde interrogation. Recruter et former ? Tout peut toujours être amélioré et, de fait, il y a à faire ; mais s’agissant de recruter des agents du service public, l’exigence de base est la transparence des critères de sélection et l’impartialité dans les choix, comme l’égalité des chances des candidats . Il faut donc limiter l’entre-soi des préparations parisiennes, élargir l’information des candidat potentiels, notamment en améliorant les systèmes de bourses, si l’on souhaite d’autres candidats que ceux des quartiers riches, et en développant des cycles de préparation ailleurs que dans les instituts de sciences po, souvent connotées, pour trouver d’autres filières attractives. La formule des concours aussi anonyme que possible reste, quoi qu’on pense la meilleure et la plus juste voie . Même si la nature des épreuves mériterait d’être modifiée, en faisant moins appel aux connaissances académiques plus ou moins formatées et davantage à la capacité d’imagination et de propositions des candidats. La pluralité des voies, initiale ou après expérience professionnelle, permet parfaitement d’obtenir une diversité des profils, sans marquage des origines sociales ou géographiques. Examiner les méthodes des entreprises privées n’est jamais inutile et bien des techniques peuvent toujours être reprises, mais avec l’exigence de transparence et d’impartialité rappelée plus haut. La formation d’application délivrée après les concours d’entrée mérite toujours examen, sachant que les stages multipliés devraient y occuper la place la plus grande possible à la fois comme première expérience professionnelle ou « formation sur le tas », et moyen de pré-orientation au bénéfice des candidats eux-mêmes pour les choix ultérieurs d’affectation. Quant aux choix d’affectation eux-mêmes, un classement de sortie, largement fondé sur les stages et sur les indications d’orientation qui en résultent, reste nécessaire, en dehors des décisions autoritaires, sans un concours de sortie académique, mais il renvoie également à la rigidité des corps d’affectation, aux voies d’intégration souvent bien étroites. Autant de questions qu’il faut réexaminer et évaluer périodiquement, sans dogme. Ces réflexions s’appliquent, notons-le bien, aussi bien au recrutement de l’ENA qu’à celui des autres écoles de recrutement de l’encadrement supérieur des fonctions publiques, dans leur pluralité : magistrature (ENM), corps d’ingénieurs (Mines et Ponts), agrégations universitaires, statisticiens (ENSAE), cadres militaires supérieurs, cadres policiers, cadres des collectivités territoriales (INET), etc.., sans omettre par exemple les cadres hospitaliers de directions, ou de l’administration pénitentiaire ! Mais cette longue liste, qui correspond aux besoins des services publics met en évidence que la mise en exergue de l’ENA comme la priorité d’une réforme répond de fait à un besoin symbolique et médiatique d’un changement, besoin qu’incarnent les énarques décriés et qui mérite une analyse plus qu’un slogan de discours. L’ENA symbole d’une caste ? Une certaine symbiose, évoquée en introduction, entre le pouvoir politique et un certain nombre d’énarques qui s’y sont insérés, jusqu’aux plus hautes fonctions, nationales voire européennes, est devenue le marqueur d’un élitisme abhorré. Il faut en prendre la mesure, loin de toute démagogie sonore, qui n’est même pas l’écho d’une plainte ou d’une souffrance, mais aussi loin de l’assurance parfois hautaine des « sachants », dans un entre-soi confortable, bien éloigné de la rue et des territoires. Dire que la France est un Etat trop centralisé (malgré sa Constitution formelle) est une banalité ; donner moyens, y compris d’expertise, aux pouvoirs locaux, généraux ou spécialisés, évaluer et redistribuer, négocier et trouver les compromis positifs d’un espace à l’autre pourrait en être l’application. Quel défi pour un régime de plus en plus présidentialisé ! Et qui commence sans doute par croire en la démocratie locale comme nationale, avec les choix et les efforts répartis qui en découlent. L’élite républicaine serait là à pied d’œuvre et sous contrôle politique, face au pouvoir économique et financier des marchés, « ultra-libéraux » par construction tant qu’une régulation démocratique n’intervient pas. Ce n’est pas seulement la tâche des « énarques » (ils n’en ont surtout pas le monopole), mais c’est certainement la leur. En sont-ils convaincus ? Rien n’est moins sûr, mais tel est bien le terrain à reconquérir qu’un changement de sigle ou des réformes de méthode ne feront pas parcourir, si utiles soient-elles. A fortiori, si, à force de décrier les fonctionnaires et leur encadrement, on banalise leur rôle en les renvoyant à celui d’opérateurs performants. Oui, comment conduire des services publics utiles à la collectivité sans un encadrement supérieur, à une « élite » formée mais disponible à son service ? Oui, il faut ouvrir les écoles à des voies diversifiés de recrutement mais impartiales et transparentes, mais en les imprégnant d’un esprit de service public, sans privilège et avec l’attention aux besoins des plus défavorisés comme à ceux, mais tout autrement, qui portent les dynamiques sociales, culturelles et économiques ? C’était sans doute l’esprit de la création de l’ENA en 1945, au moins pour certains, c’est encore l’esprit de nombre d’écoles ou d’instituts supérieurs d’autres cadres publics. C’est l’esprit démocratique, non de la croissance des revenus à tout prix pour faire carrière, mais d’une évolution collective, limitant les inégalités indues, trouvant les rythmes d’évolution négociés et expliqués dans un environnement changeant et constamment en péril. C’est la tâche, au service de la population, des fonctionnaires, celle qu’il faut défendre. Plutôt que contre eux, avec eux. [1] Appellation courante et détestable ; il s’agit de l’encadrement dit supérieur, sans opposition avec qui leur seraient inférieurs…

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