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Gilets jaunes vs technocratie, l'art du politique et l'illusion de pouvoir "mettre au pas"​

Faisant suite à la crise des « gilets jaunes », de nombreuses critiques ont resurgi contre la haute fonction publique, critiques dont Stanislas Guerini, Jean-Jacques Bridey, Aurore Bergé et La presse (« Les « technos » dans le viseur de la Macronie », Le Monde du 19 décembre 2018) se sont fait l’échos.


L’emprise de la technostructure aurait empêché la majorité d’avancer suffisamment vite. Suivant les intervenants politiques, la solution serait - paraît-il de repolitiser la haute fonction publique pour mieux la mettre au pas.

Le constat est on ne peut plus vrai. Pardonner ma franchise, mais en revanche la solution me semble relèver de la facilité infantile. Il ne s’agit pas de « mettre au pas » la haute fonction publique. Sarkozy a fait la même erreur d’analyse. Il s’est entouré de hauts fonctionnaires plus politisés. On connait le résultat. Si la solution était aussi simple, elle serait déjà effective depuis longtemps.

Pour comprendre l’erreur commise par N. Sarkozy, cette même erreur que la majorité semble tentée de reproduire, il faut comprendre une chose : la sociologie des dirigeants actuels de la haute fonction publique. Sans comprendre à qui on a à faire, rien n’est possible.


Il faut partir d’un constat simple. D’une manière générale, l’administration ne gère pas la carrière de ses hauts cadres. Une exception, les corps d’audit et de contrôle et certains corps technique. La cooptation est donc la règle. La progression de carrière dépend donc dans l’immense majorité des cas de sa capacité à obtenir l’appui de ses pairs. Il ne peut en ressortir qu’un ADN prudent et conservateur. L’entre-soi et le conformiste sont la règle dominante.


 A titre d’exemple, deux administrations :


-         la DGFIP, 100.000 fonctionnaires, un Comité de direction dont seul un membre n’a pas passé toute sa carrière au sein de la DGFIP ou ses plus lointains ancêtres, et un seul membre a travaillé un jour dans son réseau


-         la Direction générale des entreprises, en 2017, comptait près d’une 40aine de cadres dirigeants et adjoints, mais un seul d’entre eux au cours de son parcours était un jour sorti de Bercy et avait travaillé en entreprise.


Comme partout, l’entre-soi stérilise l’imagination, coupe de la société, le conformisme créer la pusillanimité ou en réaction, l’envie romantique de rupture ou de mise au pas. Mais la réalité est qu’associés et sans solides parcours de terrain, ils ne peuvent créer que de l’impuissance.


Fascinante combinaison de hauts fonctionnaires « plus politiques », certes doués pour édicter des idées ou des normes, mais incapables d’imaginer concrètement comment organiser la structure, les outils, les process et les compétences effectivement capables de produire le changement. Incapables d’imaginer ou de s’inspire de ce qu’ils ne connaissent pas, à savoir les modes d’organisation des entreprises, des collectivités territoriales, des associations ou même des Etats étrangers.


Sans traiter cette question sociologique, se contenter de demander à un haut fonctionnaire « plus politique » de donner un ordre plus fermement ou plus fortement n’y changera pas grand-chose. On ne peut concevoir un système complexe qu’on ne sait pas imaginer, a fortiori le conformisme et l’entre-soi pousseront ces nouveaux relais politiques à osciller entre la peur de se tromper et la peur de déplaire. Et c'est ce qui est advenu de la "politisation" de la haute fonction publique sous N. Sarkozy. Qui ne tient pas compte de l’histoire est condamné à la répéter.


Ce sont des profils nouveaux dont il faut alimenter la haute fonction publique, issus du terrain, connaissant le quotidien concret de l’administration, mais ayant eu le courage de faire un pas de côté pour nourrir leur esprit critique. Ce sont aussi des parcours plus horizontaux et diversifiés dont il faut la nourrir, apportant regard neuf et connaissance d’autres manières de faire. C’est de cette combinaison que naitra le changement, bien plus que d’un rêve romantique de mise au pas.


Lionel ROUILLON

Post original à retrouver ici.

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