Rechercher
  • Services Publics

La dépense publique !


La chronique de P Askenazy, chercheur au CNRS, dans l’édition du Monde du jeudi 28 mars 2019 s’intitule « la France, championne de la dépense publique ? ». Le point d’interrogation compte.


C’est une chronique intéressante dans ce qu’elle dit, comme dans ce qu’elle ne dit pas. Comme le soulignent déjà un certain nombre de commentateurs, dont l’association Services publics (servicepublic.org), le débat public est très « polarisé » sur le volume de la dépense publique, constamment déclaré excessif. Sans grande surprise, la confédération des PME et le parti LR rejoignent le gouvernement pour dire que «  la réduction des dépenses publiques  n’est plus une option ». Et l’auteur de la chronique présente une note récente de France stratégie, réalisée à la demande du gouvernement et intitulée « Où réduire le poids de la dépense publique ? ». De fait, comme il le souligne, l’intitulé même de la note « traduit déjà un biais sémantique : la dépense est un poids qu’il faut réduire » et une première conclusion : « la réponse montre l’embarras des experts ». On ne saurait mieux dire.


L’analyse de la chronique va plus loin ; l’auteur est un chercheur, pas un chroniqueur pressé. Il a compris la gêne des experts pour trouver des solutions macroéconomiques puisque les coûts de l’Etat restent dans les moyennes européennes et n’offrent donc qu’une « piste limitée » pour réduire ce fameux « poids ». Il faut donc aller chercher les économies dans « les retraites, les aides sociales et les subventions à l’économie ». D’emblée la difficulté se perçoit.


Alors notre chroniqueur constate, est-ce réellement un scoop ?, que notre système fiscal et social est « devenu un empilement de taxes, contributions, subventions et allocations. Les unes étant bien entendu financées par les autres, comment pourrait-il en être autrement ? Et comment trouver ce fait « absurde » ? Sinon en se rendant compte que le rapprochement des « dépenses », mot sacralisé s’il en est, et du PIB, pour mesurer les dépenses en points de PIB n’a pas d’autre signification que de permettre des comparaisons internationales. Car le total des dépenses publiques est, d’une part, celui de productions de services non marchands qui entrent dans la structure du PIB et, d’autre part, de transferts sociaux et économiques qui ne sont en aucune manière une fraction du PIB. Autrement dit, se préoccuper a priori du total de l’ensemble de ce qu’on appelle dépenses publics n’a pas de sens économique. P Eskenazy, malheureusement, ne met pas vraiment ce point en évidence.


L’auteur poursuit sa démonstration sur un autre plan qui n’est pas sans intérêt puisqu’il montre, en prenant l’exemple de la CSG, qu’on peut l’augmenter, ce qui accroît les prélèvements obligatoires, en compensant la hausse pour certaines catégories (les fonctionnaires) par une dépense supplémentaire alors que le même résultat aurait pu être obtenu sans pratiquer de hausse pour ces catégories. Ainsi le niveau des dépenses relèvent de choix qui ne sont pas forcément cohérents. Sont-ils illisibles, comme le dit l’auteur de la chronique ? Ce n’est pas certain, mais l’effort de pédagogie est grand. Faut-il tant hésiter à l’entreprendre ?


Certes, il faut émettre le vœu d’une « rationalisation du millefeuille fiscalo-social » même si on sait qu’il s’agit là d’une entreprise difficile, risquée et de très longue haleine devant lequel renâclent tous les présidents successifs : F Hollande l’avait inscrite à son programme mais il a freiné la tentative de JM Ayrault d’ouvrir la réflexion ; E Macron semble bien l’avoir exclue avant même la fin du débat national, alors même que la demande d’une fiscalité juste ressortait en ce sens presque de toutes parts.

Pour autant, aborder la question des services publics, de leur efficacité et de leur coût sous l’angle du « poids des dépenses publiques » relève d’une vision biaisée par une approche de nature politique qui ne repose pas sur une appréciation réellement objective.



L’association Services publics souhaiterait contribuer à un débat sans a priori politique et participer ainsi à une pédagogie collective pour une meilleure appréhension des services publics.



Gérard Moreau

Grand Débat National

0 vue

Association Services publics loi 1901

Réseaux Sociaux

  • Grey Facebook Icon
  • Grey Twitter Icon