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Ne jamais être «bêtement budgétaire»…



Par Gérard Moreau



Petite phrase du ministre du Budget : « pour le moment, il ne s’agit pas d’être bêtement budgétaire ». Manière de dire à propos du projet de réforme des retraites qu’il ne faudrait pas mêler des considérations de fond et des considérations budgétaires dans le même volet politique. Avec la notion annoncée « d’âge d’équilibre », c’est pourtant bien ce qu’a fait le premier ministre en présentant la réforme d’ensemble. Problème de tempo et de présentation, qu’obscurcit en réalité, en semblant s’y opposera la petite phrase du ministre. Mais cette petite phrase révèle aussi, au-delà des mots, une compréhension bien douteuse de ce que peut, doit ou pourrait être une gestion budgétaire. Tel est ici mon propos.


Ce n’est pas par fausse modestie que le ministre du budget sous-entend a contrario qu’il est des moments où on peut être « bêtement » budgétaire ; en réalité, il reprend une vulgate assez courante selon laquelle être « budgétaire », c’est chercher par tous les moyens à diminuer la dépense de l’exercice annuel, comme si la finalité de la gestion budgétaire était de contraindre les coûts quels qu’en soient les justifications. Rien n’est bien entendu si caricatural, mais l’orientation de cette conception a fait la réputation de la direction du budget, à l’extérieur comme à l’intérieur de ce service, selon le dialogue de sourds rituel, lorsqu’une demande de crédits supplémentaires est faite : « ma réponse est non, mais rappelez-moi quelle est votre demande », ou encore « je n’examinerai votre demande que lorsque vous me présenterez des économies ailleurs d’un montant équivalent ».

C’est ainsi que s’est construit et survit encore largement la théorie des ministères dépensiers, qui coûtent, et du ministère du budget qui refuse. Cette vision des choses, qu’exprime si spontanément la petite phrase du ministre du budget, est nocive et régressive. On pourrait en convenir assez vite, mais comme elle revient fréquemment dans l’expression courante et révèle un schéma de pensée assez profond, il convient de la dénoncer chaque fois qu’il est possible.


Au risque de dire des choses simples et banales, il faut donc dire que toute action publique (et même privée mais dans d’autres conditions) a un coût et qu’il faut donc trouver les ressources pour le couvrir. La vision budgétaire, la bonne selon moi, consiste à bien connaître les coûts, voire à en rechercher la meilleure organisation par rapport aux buts recherchés, et à rechercher les moyens de les couvrir, sur une période donnée (qui n’est pas forcément annuelle..). Seule cette « vision » donne consistance aux projets ou programmes dans lesquels elle doit s’intégrer et permettre leur conduite. Elle ne saurait donc être « bête », bien au contraire.


Au demeurant, la règle des études d’impact exigée pour tous les projets de loi oblige à procéder à ce type d’évaluation. Pour autant, rien ne contraint à transformer tout projet de loi en petite loi de finances ou de financement de la sécurité sociale ; le choix du premier ministre pour les retraites n’était en rien nécessaire à ce stade. La gestion budgétaire s’imposera pour les retraites comme pour tout le système de protection sociale, au moment utile.


Ainsi, propager l’idée négative d’une gestion « bête », c’est laisser penser soit qu’il s’agit de questions secondaires à laisser aux techniciens, soit, au contraire, que la contrainte financière est la première qui compte. Décourageant de toutes manières. Il est urgent que le ministre du budget maîtrise son langage. Et plus encore urgent de ne pas tout mélanger, y compris pour, tout simplement, gérer avec rigueur selon l’ensemble des facteurs politiques, économiques et sociaux.

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